ÉMILE GALLÉ, GÉNIE DE L’ART NOUVEAU

ÉMILE GALLÉ, GÉNIE DE L’ART NOUVEAU :

Gallé fit aussi son devoir de citoyen avec passion, qu’il s’agît de défendre en 1870 la patrie menacée ou de rappeler les grands principes républicains lors de l’affaire Dreyfus. Il mérite pleinement d’être considéré comme un artiste engagé. Il n’en est pas pour autant insensible aux séductions du Tout Paris, qui recherche sa présence et au sein duquel il noue de réelles amitiés, alors qu’à son égard Nancy manifeste une certaine hostilité, en raison de ses opinions politiques.

LA PRODUCTION GALLÉ :

Pour Émile Gallé, l’endossement de l’uniforme en 1870 (nommé caporal en novembre, il assure les fonctions de secrétaire du commandant du régiment jusqu’à son retour au printemps 1871), n’était nullement une manifestation d’attachement au régime impérial; Charles Gallé lui-même, bien que fournisseur de la Cour, considérait Napoléon III comme un tyran irresponsable. Cet engagement répondait à un autre mobile : la défense de la liberté, de la Patrie et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. En dépit de l’occupation de Nancy par les troupes prussiennes, la lutte se poursuit après la démobilisation consécutive à la signature du traité de Francfort.

Les armes utilisées sont pacifiques et empruntent à une double tradition, celle des faïences patriotiques et de la caricature, étudiée et diffusée par le critique d’art Champfleury dans les dernières années du second Empire. C’est ainsi que le service de table dénommé La Ferme, créé au milieu des années 1860 et dont les plats et assiettes mettaient en scène des chamailleries de basse-cour, s’enrichit de nouvelles représentations : les unes stigmatisent la cruauté et la bêtise de certains canards coiffés du casque prussien, tandis que d’autres invitent à refuser tout alignement sur le pas des oies stupides, évidentes caricatures de l’occupant.

La sculpture animalière apporte aussi sa contribution à cette entreprise de dénigrement : la tête d’un modèle de dogue, remontant lui aussi aux années 1860, se fait soudainement menaçante et présente des analogies frappantes avec les traits du vainqueur : Bismarck.

Près de vingt ans plus tard, lors de l’Exposition universelle de 1889, plusieurs chefs-d’oeuvre verriers de l’envoi de Gallé apparaîtront, par le truchement des figures, mythiques ou historiques, d’Eurycide, de Vercingétorix ou de Jeanne d’Arc, comme autant de protestations contre le démembrement de la Lorraine et la perte de l’Alsace.

 

Vase-de-la-gangue-Emile-Galle

POLÉMIQUES NANCÉIENNES :

C’est également par un participation active à la vie associative de la cité que Gallé exprime son attachement au sol natal. On le rencontre dans de nombreuses institutions relatives à la vie artistique et scientifique nancéienne : l’École professionnelle de l’Est, l’école des beaux-arts, le musée des Beaux-Arts, le Musée Lorrain. Par ailleurs, Émile Gallé n’hésite pas à entrer en campagne pour défendre des causes qu’il estime justes, quitte à ne pas suivre le discours des autorités locales.

En 1892, Émile Gallé s’élève contre l’incompréhension dont font preuve les Nancéiens lors de l’inauguration, dans le jardin de la Pépinière, du monument à Claude Gellée, dit le Lorrain, dû à Rodin. L’attitude, l’expression, les accessoires du peintre ne sont pas ceux d’un glorieux créateur, comme l’aurait souhaité la municipalité. Et Gallé de prendre sa plume afin de convaincre ses concitoyens de la chance et de l’honneur pour Nancy de posséder une telle oeuvre.

Nouvelle polémique l’année suivante. L’occasion est cette fois fournie par le concours du monument de la Croix de Bourgogne, célébrant la victoire de la Lorraine sur le dernier duc de bourgogne, Charles le Téméraire. Le jugement rendu le 14 novembre 1893 retient le projet de Victor Prouvé et de Camille Martin qui présente de manière peu conventionnelle le corps nu du duc gisant sur l’étang glacé. Mais le jeu des coteries rendra impossible la réalisation du projet primé. En 1901, Gallé devra de nouveau batailler en faveur de Prouvé qu’il estime le plus apte à exécuter le plafond de la salle de réception de la préfecture sur le thème de la « Réunion de la Lorraine à la France ». Il intervient alors auprès de son ami Roger Marx, fonctionnaire au ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. « Il serait urgent de nous donner la bonne marche à suivre pour faire comprendre au ministère des Beaux-Arts que le plafond de la préfecture étant réservé à un décorateur lorrain, c’est Prouvé qui est le premier, le seul décorateur éminent, et qui y a tous les droits, par son oeuvre d’Issy-les-Moulineaux, par son tempérament spécial »

Source : Émile Gallé, le magicien du verre, Philippe Thiébaut (Gallimard)

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